2 - LES CALACS : CE QU'ILS SONT, CE QU'ILS FONT
« Les centres ont été créés
à partir du besoin de services par et pour les femmes.
Ces services ont été mis en place en réaction à
l'absence et l'inadéquation des services des institutions (police,
médecins, CLSC...). Le caractère alternatif a vraiment
été défini à partir de la norme institutionnelle
» (28).
C'est dans les années 1970 que des femmes apportèrent leurs
propres visions des agressions à caractère sexuel.
À ce moment-là, nous constations que le système
judiciaire n'assurait ni la protection, ni le droit à la sécurité
et à la liberté des femmes ; la police jugeait trop
souvent les « cas de viol » comme non fondés ; des hôpitaux
refusaient des femmes ayant été violées ; les services
sociaux percevaient les femmes agressées sexuellement comme
s'il s'agissait d'une clientèle marginale. Enfin, la population
en général entretenait de nombreux préjugés
à l'égard des agressions à caractère sexuel
ainsi que des femmes qui en sont les principales victimes.
C'est dans ce contexte qu'en 1975 est né au Québec un
premier centre d'aide aux femmes agressées sexuellement. En peu
de temps, six autres centres ont vu le jour à travers la province.
Aujourd'hui, on compte au Québec une vingtaine de centres d'aide
et de lutte contre les agressions à caractère sexuel (ou
d'appellation différente mais de même nature).
Encore aujourd'hui, les centres plus récemment mis sur pied le
sont parce que les situations qui confinent les femmes agressées
sexuellement à la solitude, la honte, la peur et la vulnérabilité
sont tout aussi présentes. Tout indique qu'il faudra plusieurs
années avant que l'historique des CALACS ne soit présenté
en d'autres termes !
[Table des matières]
Nos convictions
« L'agression à caractère sexuel est un
acte de domination, d'humiliation, d'abus de pouvoir, de violence principalement
commis envers les femmes et les enfants. Agresser sexuellement, c'est imposer
des attitudes, des paroles, des gestes à connotation sexuelle contre
la volonté de la personne et ce en utilisant l'intimidation, la
menace, le chantage, la violence verbale, physique ou psychologique.
Les agressions à caractère sexuel peuvent prendre différentes
formes. L'exhibitionnisme, le harcèlement sexuel, l'inceste, la
pornographie, le viol, le voyeurisme en sont toutes des manifestations.
» (29)
Nous considérons qu'aucune femme ne peut prétendre être
à l'abri d'une agression à caractère sexuel. Les
femmes vivent en tant que femmes, mais aussi en tant que femmes d'une classe
sociale, d'une race, d'un âge, d'une orientation sexuelle et d'un
statut physique donnés. À la lumière de ces faits,
leur vie quotidienne est différente. Il en va de même de leur
expérience de la violence.
Nous croyons également que les hommes doivent reconnaître
leurs responsabilités à l'égard des agressions
à caractère sexuel et agir sur les causes, autant au niveau
individuel que collectif, afin de les éliminer. En ce sens, nous
appuyons et encourageons tous les efforts qui ont pour objectif de rebâtir
une société composée de membres économiquement,
socialement et politiquement égaux.
En conséquence, nos services d'aide tout comme nos activités
de prévention sont basés sur des convictions précises
:
1e - Les problèmes vécus par les femmes
ne sont pas d'ordre intrapsychique (dans la tête), mais plutôt
d'ordre économique, social et politique.
2e - Les femmes doivent reprendre du pouvoir sur les
situations extérieures dans lesquelles elles ne se sentent pas bien
plutôt que de s'adapter et subir ces situations opprimantes.
3e - Nous devons permettre aux femmes de se regrouper, de
se donner du support, d'échanger et de devenir elles-mêmes
des personnes-ressources plutôt que de les placer en situation «
thérapeutique » où un expert règle leurs problèmes.
4e - Nous devons conscientiser les femmes relativement à
l'oppression sociale qu'elles subissent et les amener à s'impliquer
activement pour que des changements s'opèrent.
Une recherche (30) ayant entre autres pour objectif
de mesurer l'efficacité du modèle d'intervention féministe
a révélé des résultats forts intéressants
:
« Ces points communs à l'intervention préconisée
par le modèle féministe et à l'intervention des praticiennes
du groupe contrôle nous paraissent clairement constituer des conditions
de base à l'efficacité (...) :
1) analyse féministe de la problématique;
2) intervention centrée sur la femme plutôt que
sur le couple ou la famille;
3) accent placé sur la restauration de l'estime de soi;
4) importance de l'aide concrète;
5) travail sur les émotions liées à la violence.
» (31)
« Il ressort clairement que l'intervention sociale auprès
de la femme violentée, quand elle respecte certaines conditions
de base identifiées précédemment, peut véritablement
aider la femme violentée dans sa reconquête d'elle-même
et dans la diminution du niveau de violence subie. (...) En allant se chercher
de l'aide, la femme augmente son pouvoir et son rapport de force par rapport
à l'agresseur. Les changements survenus entre le début et
la fin de l'intervention chez les femmes interrogées sont très
impressionnants, tant en ce qui concerne la violence subie que les variables
psychologiques affectées par la violence et sur lesquelles l'amélioration
est très importante. » (32)
C'est cette vision qui a toujours guidé nos modes d'intervention.
C'est à ces conditions que notre lutte contre les agressions sexuelles
prend toute sa signification.
[Table des matières]
Les femmes font confiance aux CALACS
Les CALACS sont bien placés pour constater que le nombre de dénonciations
a connu une progression fulgurante. Le viol commis par un inconnu, dans
la ruelle sombre, tard le soir, a fait l'objet de dénonciations
publiques. Mais aujourd'hui, ce sont les femmes qui ont été
agressées il y a 10 ans, 15 ans, 20 ans qui parlent. Ces survivantes,
elles sont près de la moitié des femmes qui s'adressent aux
CALACS.
TABLEAU II : FORMES D'AGRESSIONS SIGNALÉES
AUX CALACS
FORMES D'AGRESSIONS
|
1991
Nombre .................%
|
1998
Nombre .................%
|
| Agression sexuelle |
526
|
37 %
|
627
|
38 %
|
| Inceste |
655
|
46 %
|
754
|
46 %
|
| Harcèlement sexuel |
72
|
7 %
|
66
|
4 %
|
| Agressions multiples |
65
|
4 %
|
100
|
6 %
|
| Autres |
116
|
14 %
|
94
|
6 %
|
(Données recueillies auprès de 16 CALACS
membres du Regroupement)
Il n'y a pas que les femmes qui font appel directement à nous.
Environ le quart des demandes d'aide sont initiées par des membres
de la famille, de l'entourage et par des intervenants du milieu. Cependant,
de plus en plus, les femmes font la démarche elles-mêmes.
TABLEAU III : QUI FAIT APPEL AUX CALACS ?
Provenance des
demandes d'aide
|
1991
|
1998
|
| Personne agressée |
48 %
|
77 %
|
| Famille |
14 %
|
10 %
|
| Ami |
19 %
|
2 %
|
| Intervenant |
29 %
|
11 %
|
(Données recueillies auprès de 16 CALACS
membres du Regroupement)
Les services d'aide directe (rencontres individuelles et de groupe,
information, accompagnement...) sont évidemment au coeur de notre
quotidien et prennent au moins 50% du temps et des ressources disponibles.
Les femmes qui s'adressent à nous vivent de multiples difficultés
(psychiatrie, toxicomanie...), conséquences directes notamment de
la violence sexuelle, si bien que nos interventions doivent être
continues et soutenues.
Il est difficile de préciser de façon exacte le nombre
d'interventions « face à face » et téléphoniques
que nécessite chaque demande d'aide. L'expérience nous enseigne
que la plupart des demandes d'aide réclament des services qui
s'étalent sur plusieurs mois.
Lorsqu'une femme victime d'agression sexuelle bénéficie
d'un soutien significatif de la part de son entourage immédiat,
nos interventions sont davantage de l'ordre du soutien ponctuel. Malheureusement,
ces conditions « idéales » sont rares d'où notre
persistance à vouloir sensibiliser largement la population pour
que tous deviennent plus ouverts, accueillants et aidants.
Par ailleurs, nous ne pouvons négliger que l'émergence
des femmes adultes ayant été victimes de violence sexuelle
dans l'enfance a modifié de façon révélatrice
l'intensité de la relation d'aide. Comme en témoigne le tableau
suivant, nombreuses sont les femmes qui ont enfoui ce secret pendant plusieurs
années avant de sortir de l'isolement. Les conséquences ont
donc des racines profondes. Notre plus bel espoir est que les femmes hésitent
de moins en moins à briser ce cycle infernal du silence.
TABLEAU IV : DEMANDES D'AIDE SELON LES GROUPES D'ÂGE
ÂGE DE LA PERSONNE AGRESSÉE
|
LORS DE L'AGRESSION
|
LORS DE LA DEMANDE D'AIDE
|
|
0-11 ans
|
51 %
|
2 %
|
|
12-17 ans
|
27 %
|
14 %
|
|
18-30 ans
|
13 %
|
36 %
|
|
31-45 ans
|
7 %
|
38 %
|
|
45 ans et plus
|
2 %
|
10 %
|
(Données recueillies en 1998 auprès
de 16 CALACS membres du Regroupement)
Bien que la gamme de leurs services soit restée sensiblement
la même au fil des ans, les CALACS ont démontré leur
capacité à s'ajuster à toutes ces nouvelles
réalités. Ainsi nous avons développé des groupes
de soutien pour des femmes adultes ou des adolescentes survivantes d'inceste
ou de viol. Nous avons la prétention de croire que notre expertise
en ce domaine est tout à fait unique et répond à des
besoins clairement exprimés par les femmes qui nous consultent.
« Les praticiennes estiment de plus en plus que la confrontation
à laquelle le modèle soumet la femme violentée est
plus apparente dans le groupe que dans l'intervention individuelle et devrait
donc être plus efficace. Lewis (1983) résume ainsi la supériorité
du groupe sur l'intervention individuelle : le constat que leur situation
est assez fréquente réduit la honte de la femme et sa perception
négative d'elle-même, et le groupe réduit l'isolement
social qui favorise la dépression et le sentiment d'impuissance
chez la femme. » (33)
Le volet « accompagnement » nécessite d'importantes
ressources humaines. En effet, les femmes sont souvent aux prises avec
des démarches complexes dont la conclusion définitive
est souvent freinée par des obstacles quasi-insurmontables.
Les procédures judiciaires en sont le meilleur exemple. Accompagner
une femme dans les démarches qu'elle décide d'entreprendre
signifie des déplacements, une présence physique (par exemple,
l'accompagnement lors d'un examen médical ou au tribunal) ou encore
une montagne de contacts téléphoniques dans les dédales
administratifs (pensons à une demande d'indemnisation à l'IVAC
ou à l'aide sociale).
Encore là, il n'y a pas que les femmes qui ont des attentes envers
les CALACS. Les intervenants judiciaires, policiers, médicaux et
sociaux nous perçoivent comme une courroie de transmission. Les
CALACS sont des portes d'entrée et facilitent le cheminement de
ces démarches pour les femmes mais également pour les intervenants.
[Table des matières]
Le manque de ressources : un impact direct sur les femmes
Il y a un domaine où les CALACS se sentent actuellement démunis.
En effet, près d'une dizaine de CALACS membres du Regroupement sont
aux prises avec une liste d'attente qui varie de quelques semaines
à plusieurs mois. Nous qui croyions que seul le réseau public
pouvait se payer ce luxe! En fait, l'explication est très simple:
le nombre de demandes d'aide dépasse les ressources disponibles
pour y répondre.
Les CALACS ont été alertés de cette situation dès
le début de ses manifestations. Depuis les 10 dernières années,
ce constat s'est étendu aux CALACS en région urbaine particulièrement
dense (en d'autres mots, il ne s'agit plus uniquement de la région
de Montréal). Même les CALACS qui desservent les régions
communément appelées « éloignées »
sentent le problème à leurs portes. Considérant le
rythme d'augmentation des demandes d'aide, nous pouvons supposer que ce
phénomène déplorable s'étendra à presque
tout l'ensemble du réseau des CALACS, au mieux à moyen terme,
au pire à court terme.
Ces dernières années, certains centres ont été
forcés de délaisser la ligne d'urgence 24/7 à cause
du manque de ressources. Ceux qui ont réussi à la maintenir
le font à bout de bras. Est-ce qu'il nous faudra faire des choix
aussi douloureux dans le futur?
Il est évident que les CALACS font preuve de toute leur ingéniosité
et qu'ils font les choix qui s'imposent pour éviter ou retarder
l'apparition des listes d'attente. Malgré cela, il n'est pas possible
de faire plus. Il n'y a qu'une seule voie pour résoudre ce problème
: il nous faut plus de ressources humaines, donc des ressources financières
supplémentaires. C'est la seule issue.
Les moyens limités des CALACS ont également pour conséquence
de ralentir notre apport relatif à la prévention qui pourrait
avoir des conséquences directes sur l'aide apportée aux victimes.
« (...) l'attitude de l'entourage aurait un impact important
sur les conséquences de l'agression sexuelle pour la victime et
sur le maintien et le renforcement de comportements sexuels agressifs chez
l'agresseur. D'où l'importance de défaire les mythes et de
confronter à la réalité de l'agression sexuelle la
population en général (...) » (34)
[Table des matières]
Prévention, éducation, sensibilisation : des mots clés
Dans une société qui prône la liberté, il
est intolérable d'imposer des stratégies de prévention
qui obligent les femmes à troquer leur liberté pour leur
sécurité. La prévention traditionnelle vise à
contrôler les femmes en nous enseignant comment éviter les
agressions sexuelles. En plus de ne pas réduire la menace des agressions
sexuelles, on accroît l'impuissance des femmes, on perpétue
notre vulnérabilité, on nous force à mener une vie
de contournements.
L'approche préventive des CALACS s'articule à partir de
l'expérience et du vécu des femmes. Les stratégies
de prévention développées par les centres d'aide
visent à :
-
informer adéquatement sur les agressions sexuelles et faire
saisir la réalité du problème;
-
susciter des changements dans les rapports sociaux, politiques, économiques,
émotifs... entre les hommes et les femmes;
-
changer la socialisation des hommes et des femmes;
-
favoriser l'échange du vécu entre les femmes;
-
favoriser l'émergence d'alternatives face aux situations de violence
(35).
Les CALACS offrent des services d'information, de documentation, de
conférence et d'animation s'adressant aux adultes, aux jeunes et
aux intervenants sociaux. Il n'est pas rare de constater qu'au cours
d'une année les CALACS présentent un atelier dans une polyvalente
entière ou encore qu'ils s'adressent à de « futurs
» intervenant-e-s (étudiant-e-s en service social, techniques
policières, techniques infirmières ou en médecine).
Une des grandes contributions du Regroupement québécois
des CALACS et de ses centres a été l'implantation du programme
ESPACE (programme de prévention des abus commis envers les enfants).
En 1984, devant le nombre croissant de demandes par le milieu scolaire
de niveau primaire, les CALACS scrutaient les programmes de prévention
existants. Leur choix s'est porté sur le programme CAP (Child Assault
Prevention) à cause de sa vision et du modèle qui concordaient
avec les aspirations du Regroupement.
Quelques années plus tard, le programme ESPACE est présent
dans plusieurs régions du Québec et a permis à des
dizaines de milliers d'enfants et d'adultes d'améliorer leurs connaissances
et leurs habilités en matière de prévention et de
dépistage des abus commis envers les enfants. Depuis 1990, le programme
ESPACE a mis sur pied un regroupement provincial autonome, le Regroupement
des équipes régionales Espace, et a obtenu une reconnaissance
financière, notamment du ministère de la Santé et
des Services sociaux.
Les CALACS sont de plus en plus sollicités pour la dispensation
d'activités de formation en ce qui a trait aux causes et
aux conséquences des agressions sexuelles, ainsi qu'à l'aide
et au support des femmes qui en sont victimes. Ces demandes proviennent
de partout : CLSC, centres de femmes, organismes communautaires, comités
de condition féminine des collèges et universités,
équipes psychosociales de divers établissements du réseau
des services sociaux et de la santé. Ces dernières années,
les centres rejoignent en moyenne jusqu'à 1 000 personnes de tous
les milieux à chaque année.
La contribution des CALACS au chapitre de la formation ne fait aucun
doute : notre expertise est reconnue et utilisée!
TABLEAU V : ACTIVITÉS DE PRÉVENTION
DES CALACS
GROUPES REJOINTS
|
1991
|
1998
|
| Niveau primaire & secondaire |
5 832
|
8 083
|
| Niveau collégial & universitaire |
1 003
|
602
|
| Autres groupes |
3 968
|
2 362
|
| Intervenant-e-s |
912
|
3 399
|
| Autres |
1 191
|
1 783
|
| TOTAL |
12 906
|
16 229
|
(Données recueillies auprès de 16 CALACS
membres du Regroupement)
Nos programmes de prévention ont un effet positif indéniable.
Ils contribuent incontestablement à faire progresser les réflexions
dans nos collectivités sur les phénomènes de violence
à l'endroit des femmes, mais il reste beaucoup à faire.
« Même si nos répondants manifestent dans
l'ensemble une adhésion modérée aux mythes sur l'agression
sexuelle, l'analyse des énoncés révèle que
les mythes les plus répandus au sujet de l'agression sexuelle sont
toujours présents. Comme la littérature nous permettait de
le supposer, nos répondants voient toujours... l'agresseur comme
« malade » mentalement, le viol comme normal et acceptable
et la victime comme fautive et séductrice. » (36)
Lorsque nous interrogeons la population sur les solutions face aux agressions
sexuelles, la prévention se place en tête de liste. C'est
en tout cas ce qui ressort du sondage d'opinion publique commandé
par le Regroupement (37) où près du
quart des répondants ont identifié la prévention comme
premier élément de solution. Ce sondage révèle
également une donnée troublante : près de 40% de
la population du Québec n'identifie aucune solution pour enrayer
les agressions sexuelles. Cela traduit certainement l'impuissance et
le désarroi des personnes face à ce problème.
Notre but est ultimement d'enrayer les agressions sexuelles.
Pour y arriver, l'aspect « aide » et « éducation
et prévention » doivent se retrouver côte à côte
et en interaction continuelle. Ce n'est qu'à ces conditions que
l'on peut prétendre répondre adéquatement aux besoins
des femmes et lutter efficacement contre les agressions sexuelles. C'est
là la force des centres d'aide.
[Table des matières]
La concertation ou être partout à la fois
La préoccupation des CALACS pour le respect des droits des femmes
agressées sexuellement, leur souci d'apporter une aide adéquate
ainsi que leur désir de changer fondamentalement les règles
qui contribuent à la violence sexuelle les ont entraînés
dans le tourbillon de la concertation.
Différents mécanismes de concertation ont émergé
ces dernières années (tables de concertation, comités...).
Les CALACS sont convaincus que la concertation des efforts de tous les
grands systèmes est fondamentale. Ils participent donc à
l'élaboration de divers projets dans le domaine social, judiciaire,
médical, tant au niveau local que sur une base régionale.
Ces collaborations impliquent les intervenants des établissements
du réseau de la santé et des services sociaux, les organismes
communautaires, les services de police...
Ces divers mécanismes de concertation s'intéressent à
la coordination des services, à l'ensemble des problématiques
qui concernent les femmes et les enfants, aux approches judiciaires et
sociales ainsi qu'à l'organisation des différents systèmes
concernés (pensons à la régionalisation des services
de santé et des services sociaux).
La concertation mobilise des énergies humaines: il faut bien
le dire, concertation rime avec réunions! Elle implique donc une
présence assidue ainsi que du temps pour bien assimiler l'information
en jeu. Les résultats, de plus en plus tangibles, ont toutefois
un impact sur le quotidien des CALACS : plus de références
donc plus de demandes d'aide. Un cercle infernal est ainsi créé
: la concertation favorise une meilleure coordination des efforts et...
une plus grande utilisation de nos services, mais avec le même niveau
de ressources. Jusqu'à maintenant, le soutien financier accordé
par le ministère de la Santé et des Services sociaux ne concorde
pas avec ce que son propre réseau exprime comme attentes envers
les CALACS.
[Table des matières]
Le Regroupement : indispensable !
L'isolement est un ingrédient explosif. Il trace le chemin à
l'impuissance et à la vulnérabilité. Les CALACS sont
convaincus que la solidarité, à tous les niveaux, est l'une
des voies incontournables pour réduire la vulnérabilité
des femmes. Leur Regroupement est un remède à l'isolement.
Il représente un lieu où le soutien, l'échange, le
ressourcement, la formation, les débats sont la clé qui ouvre
la porte à l'espoir. Dans les CALACS, la violence a un visage
: une femme, des femmes et leurs souffrances.
Depuis sa création, le Regroupement a véritablement
tissé un réseau solide de ressources à travers le
Québec. Un réseau unique qui s'est agrandi au
fil des ans pour rejoindre un très grand nombre de femmes et qui
est devenu incontestablement une composante sociale bien enracinée
dans leur communauté.
Durant toutes ces années, le Regroupement a accueilli de nouveaux
centres. L'expérience collective des centres est mise à profit
et évite bien des tourments et des détours inutiles pour
les centres en implantation.
La capacité de mettre à jour nos connaissances,
de cerner et de débattre des enjeux qui émergent est un atout.
Les activités de formation développées par
le Regroupement profitent à toutes celles qui sont impliquées
dans les CALACS. Un congrès annuel propose une douzaine d'ateliers
qui abordent les ramifications des agressions sexuelles, les services d'aide,
les modes d'intervention, le volet éducation/prévention.
C'est un moment privilégié et intense qui s'ajoute aux nombreuses
réflexions qui défilent au cours d'une année.
Chaque « réunion régulière » offre
une occasion supplémentaire de résoudre « au fur et
à mesure » des préoccupations qui émergent.
Chaque réunion représente un pas en avant par des réflexions
qui touchent le fonctionnement des centres : les listes d'attente, la ligne
d'urgence, la sécurité dans les centres, les différentes
sources de vulnérabilité des femmes, l'autofinancement, les
facettes cachées de la violence sexuelle, nos relations avec les
médias, notre rôle au sein des différentes «
tables de concertation ». Les politiques de tous les paliers de gouvernement
sont aussi l'objet de débats: la suramende compensatoire, la trousse
médico-légale, l'indemnisation des victimes d'actes criminels,
la régionalisation des services de santé et des services
sociaux, le traitement judiciaire des dossiers d'agressions sexuelles.
Le nombre croissant de demandes d'information portant sur la
problématique et sur les services des centres confirme le fait que
le Regroupement est perçu comme une ressource vitale. Ces demandes
proviennent de tous les milieux : les groupes de femmes, les établissements
du réseau des affaires sociales, les représentant-e-s des
autorités politiques, le réseau universitaire ainsi que le
milieu de la recherche et le secteur judiciaire.
Les centres membres du Regroupement se sont dotés ces dernières
années d'outils concrets afin de maximiser les efforts de
chacun d'entre eux. Ainsi nous avons revu de fond en comble notre Base
d'unité, ce qui nous a permis de faire le point sur notre analyse
des agressions à caractère sexuel. Nous avons développé
une grille facilitant la cueillette d'un minimum d'informations sur les
situations d'agression qui nous sont signalées. L'implantation du
programme ESPACE (programme de prévention des abus sexuels
commis envers les enfants) est une réalisation dont nous pouvons
être fières.
Commandé par le Regroupement, un sondage a été
réalisé par la firme Léger & Léger en mars
1989 (38). Il démontre que la population du
Québec a un niveau de préoccupation fort élevé
face aux agressions sexuelles. Par ailleurs, le Regroupement a produit
plusieurs documents d'information sur la problématique, le traitement
judiciaire des victimes et sur les pratiques des CALACS(39).
Dans le même sens, le Regroupement ainsi que les groupes membres
de Relais-Femmes ont développé un partenariat avec des universités
et ont obtenu le projet de Centre de recherche sur la violence familiale
et la violence faite aux femmes dans le cadre de l'initiative du Conseil
de recherches en sciences humaines du Canada et Santé et Bien-Être
social Canada.
Les agressions à caractère sexuel sont des symptômes
révélateurs de la situation des femmes. C'est pourquoi le
Regroupement est intimement lié aux autres organismes qui travaillent
à l'amélioration des conditions de vie des femmes. En plus
d'être membre de plusieurs associations, nous entretenons des
contacts réguliers avec les organisations qui poursuivent des buts
similaires aux nôtres. Nos relations avec les centres contre
les agressions sexuelles du Canada, par exemple, se sont établies
par l'Association canadienne des centres
contre le viol. Un projet de réseautage Internet nous permet
de développer des stratégies communes en matière de
justice afin que les femmes agressées sexuellement puissent obtenir
tous les services auxquels elles ont droit. Nous avons également
développé des liens avec des groupes similaires d'Europe,
d'Afrique et d'Amérique du Sud.
Plus près de nous, nos alliances avec d'autres groupes de femmes
nous permettent de réunir nos énergies pour affronter les
obstacles auxquels sont confrontées les femmes du Québec.
Plusieurs domaines requièrent des interventions collectives : les
politiques sociales, l'épineuse question du financement des groupes
de femmes, le système judiciaire. Soulignons notre participation
au comité « violence » de la Marche
mondiale de l'an 2000 qui avait pour mandat de trouver des revendications
communes à toutes les femmes du monde en matière de violence!
La sensibilisation du public et des autorités concernées
prend une place de plus en plus importante. Initiée par le Regroupement
québécois des CALACS, la Journée d'action contre
la violence faite aux femmes (tous les troisièmes vendredis
du mois de septembre) est devenue, sans contredit, le rendez-vous annuel
de milliers de femmes pour réagir à la violence envers les
femmes.
Lorsque notre mission première est de rejoindre les femmes, d'ébranler
nos décideurs et d'interpeller les hommes (et oui!), les médias
représentent des haut-parleurs dont nous pouvons difficilement nous
passer. Fort heureusement, notre crédibilité a déclenché
une dynamique fort intéressante : les médias ne peuvent
plus se passer de nous ! Ces dernières années, nous avons
relevé le défi de pouvoir influencer des questions d'actualité.
Nous avons alimenté de nombreux débats publics par des
dizaines de conférences données dans les milieux politique,
juridique, social, syndical et communautaire. L'expertise des CALACS est
très en demande et nous n'hésitons pas à la rendre
accessible!
Le Regroupement se doit d'être présent aux événements
et auprès des « décideurs » qui ont une incidence
sur la problématique des agressions à caractère sexuel
et sur les groupes que nous représentons. En ce sens, ces dernières
années, les CALACS ont contribué aux grandes questions sociales:
la Commission Rochon, la commission parlementaire sur l'avant-projet de
Loi sur les services de santé et les services sociaux, la réforme
du système de santé et des services sociaux, les plans gouvernementaux
en matière de condition féminine, les rencontres annuelles
du Gouvernement du Québec et des groupes de femmes.
Le domaine de la justice nécessite des interventions fréquentes.
Nous avons donc participé à plusieurs réformes et
événements dans le but d'amener sur la place publique des
débats sur la prévention du crime, l'implantation des centres
d'aide aux victimes d'actes criminels, la police et la concertation, la
réforme des libérations conditionnelles, le comportement
de la magistrature et les ratés du système judiciaire. Le
Regroupement a d'ailleurs produit plusieurs mémoires sur différents
sujets tels que « le contre-interrogatoire des victimes par l'accusé
» et « les sentences avec sursis » pour n'en nommer que
quelques-uns.
Plusieurs instances gouvernementales et autres réclament la participation
formelle du Regroupement à l'avancement de certains dossiers. Ainsi,
le ministre de la Santé et des Services sociaux a sollicité
la présence du Regroupement au sein du Groupe de travail pour
les jeunes qui a donné lieu au rapport « Un Québec
fou de ses enfants ». Le Sous-comité sur la condition féminine
du Comité permanent de la Santé et du Bien-Être social,
des Affaires sociales, du troisième âge et de la Condition
féminine a également fait appel à l'expertise du Regroupement
avant de déposer son rapport « La guerre contre les femmes
». En 1995, le Regroupement a également été
sollicité par le ministère de la Santé et des Services
Sociaux pour faire partie d'un groupe de travail sur les agressions à
caractère sexuel. Un document intitulé « Les agressions
sexuelles: STOP » a d'ailleurs été publié suite
aux travaux du groupe de travail.
Inutile de rappeler que les ministères concernés par les
agressions sexuelles sont à même de constater l'utilité
du Regroupement québécois des CALACS. Ils saisissent régulièrement
le Regroupement de différents enjeux ; ils puisent dans cette vision
globale et l'expérience que représentent le Regroupement.
Impossible de conclure sans parler de l'engagement inconditionnel des
centres les uns envers les autres et envers le Regroupement. La participation
des centres à la mission du Regroupement est palpable à tout
instant. Les centres s'impliquent dans le fonctionnement quotidien du Regroupement
avec leadership et détermination. Ils sont aussi des porte-voix
en étant présents... partout à la fois. Ils se soucient
de l'avenir et du développement de nos ressources. Les centres peuvent
être fiers des succès de leur Regroupement; ils en sont la
source et le reflet de leurs propres succès.
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NOTES
28. Extrait du Document préparatoire au
congrès d'orientation. Regroupement québécois
des CALACS, 1991.
29. Extraits de la Base d'unité du Regroupement
québécois des CALACS. Partie I : Notre analyse des agressions
sexuelles.
30. RINFRET-RAYNOR, Maryse et al. Intervenir
auprès des femmes violentées : Évaluation de l'efficacité
d'un modèle féministe. Éditions Saint-Martin,
1992, 80 pages.
31. RINFRET-RAYNOR, Maryse et al, déjà
cité, p. 67.
32. RINFRET-RAYNOR, Maryse et al, déjà
cité, p. 68.
33. RINFRET-RAYNOR, Maryse et al, déjà
cité.
34. CHAMPAGNE, Diane et al. La perception sociale
du suicide et de l'agression sexuelle. Étude des mythes et attitudes
de la population de La Sarre face à ces deux problématiques,
Groupe interdisciplinaire pour l'enseignement et la recherche féministe,
Université du Québec en Abitibi-Témiscamingue, avril
1989, 74 pages.
35. Extraits de la Base d'unité du Regroupement
québécois des CALACS. Partie III : Conditions pour être
membre.
36. CHAMPAGNE, Diane et al, déjà
cité.
37. Les perceptions de la population face aux
agressions sexuelles. Sondage d'opinion publique commandé par
le Regroupement québécois des CALACS et réalisé
par le Groupe Léger & Léger, mars 1989.
38. Regroupement québécois des CALACS
et Groupe Léger & Léger, déjà cité.
39. Évolution de la loi relative aux
agressions sexuelles (1995), Recours criminels contre les abus sexuels
dans l'enfance (1995), Guide pour faciliter le témoignage
des victimes à la cour (1996), L'intervention féministe
dans les CALACS (1997), La prévention et la lutte dans les
CALACS : un monde à découvrir (1997), Les groupes
de soutien dans les CALACS (1998).
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