Regroupement québécois des CALACS
LES AGRESSIONS SEXUELLES :

ÇA SUFFIT !

2 - LES CALACS : CE QU'ILS SONT, CE QU'ILS FONT

« Les centres ont été créés à partir du besoin de services par et pour les femmes. Ces services ont été mis en place en réaction à l'absence et l'inadéquation des services des institutions (police, médecins, CLSC...). Le caractère alternatif a vraiment été défini à partir de la norme institutionnelle »  (28).
C'est dans les années 1970 que des femmes apportèrent leurs propres visions des agressions à caractère sexuel.

À ce moment-là, nous constations que le système judiciaire n'assurait ni la protection, ni le droit à la sécurité et à la liberté des femmes ; la police jugeait trop souvent les « cas de viol » comme non fondés ; des hôpitaux refusaient des femmes ayant été violées ; les services sociaux percevaient les femmes agressées sexuellement comme s'il s'agissait d'une clientèle marginale. Enfin, la population en général entretenait de nombreux préjugés à l'égard des agressions à caractère sexuel ainsi que des femmes qui en sont les principales victimes.

C'est dans ce contexte qu'en 1975 est né au Québec un premier centre d'aide aux femmes agressées sexuellement. En peu de temps, six autres centres ont vu le jour à travers la province. Aujourd'hui, on compte au Québec une vingtaine de centres d'aide et de lutte contre les agressions à caractère sexuel (ou d'appellation différente mais de même nature).

Encore aujourd'hui, les centres plus récemment mis sur pied le sont parce que les situations qui confinent les femmes agressées sexuellement à la solitude, la honte, la peur et la vulnérabilité sont tout aussi présentes. Tout indique qu'il faudra plusieurs années avant que l'historique des CALACS ne soit présenté en d'autres termes !

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Nos convictions

« L'agression à caractère sexuel est un acte de domination, d'humiliation, d'abus de pouvoir, de violence principalement commis envers les femmes et les enfants. Agresser sexuellement, c'est imposer des attitudes, des paroles, des gestes à connotation sexuelle contre la volonté de la personne et ce en utilisant l'intimidation, la menace, le chantage, la violence verbale, physique ou psychologique.

Les agressions à caractère sexuel peuvent prendre différentes formes. L'exhibitionnisme, le harcèlement sexuel, l'inceste, la pornographie, le viol, le voyeurisme en sont toutes des manifestations. » (29)

Nous considérons qu'aucune femme ne peut prétendre être à l'abri d'une agression à caractère sexuel. Les femmes vivent en tant que femmes, mais aussi en tant que femmes d'une classe sociale, d'une race, d'un âge, d'une orientation sexuelle et d'un statut physique donnés. À la lumière de ces faits, leur vie quotidienne est différente. Il en va de même de leur expérience de la violence.

Nous croyons également que les hommes doivent reconnaître leurs responsabilités à l'égard des agressions à caractère sexuel et agir sur les causes, autant au niveau individuel que collectif, afin de les éliminer. En ce sens, nous appuyons et encourageons tous les efforts qui ont pour objectif de rebâtir une société composée de membres économiquement, socialement et politiquement égaux.

En conséquence, nos services d'aide tout comme nos activités de prévention sont basés sur des convictions précises :

1e - Les problèmes vécus par les femmes ne sont pas d'ordre intrapsychique (dans la tête), mais plutôt d'ordre économique, social et politique.

2e - Les femmes doivent reprendre du pouvoir sur les situations extérieures dans lesquelles elles ne se sentent pas bien plutôt que de s'adapter et subir ces situations opprimantes.

3e - Nous devons permettre aux femmes de se regrouper, de se donner du support, d'échanger et de devenir elles-mêmes des personnes-ressources plutôt que de les placer en situation « thérapeutique » où un expert règle leurs problèmes.

4e - Nous devons conscientiser les femmes relativement à l'oppression sociale qu'elles subissent et les amener à s'impliquer activement pour que des changements s'opèrent.

Une recherche (30) ayant entre autres pour objectif de mesurer l'efficacité du modèle d'intervention féministe a révélé des résultats forts intéressants :
« Ces points communs à l'intervention préconisée par le modèle féministe et à l'intervention des praticiennes du groupe contrôle nous paraissent clairement constituer des conditions de base à l'efficacité (...) :

1) analyse féministe de la problématique;
2) intervention centrée sur la femme plutôt que sur le couple ou la famille;
3) accent placé sur la restauration de l'estime de soi;
4) importance de l'aide concrète;
5) travail sur les émotions liées à la violence. » (31)

« Il ressort clairement que l'intervention sociale auprès de la femme violentée, quand elle respecte certaines conditions de base identifiées précédemment, peut véritablement aider la femme violentée dans sa reconquête d'elle-même et dans la diminution du niveau de violence subie. (...) En allant se chercher de l'aide, la femme augmente son pouvoir et son rapport de force par rapport à l'agresseur. Les changements survenus entre le début et la fin de l'intervention chez les femmes interrogées sont très impressionnants, tant en ce qui concerne la violence subie que les variables psychologiques affectées par la violence et sur lesquelles l'amélioration est très importante. » (32)

C'est cette vision qui a toujours guidé nos modes d'intervention. C'est à ces conditions que notre lutte contre les agressions sexuelles prend toute sa signification.

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Les femmes font confiance aux CALACS

Les CALACS sont bien placés pour constater que le nombre de dénonciations a connu une progression fulgurante. Le viol commis par un inconnu, dans la ruelle sombre, tard le soir, a fait l'objet de dénonciations publiques. Mais aujourd'hui, ce sont les femmes qui ont été agressées il y a 10 ans, 15 ans, 20 ans qui parlent. Ces survivantes, elles sont près de la moitié des femmes qui s'adressent aux CALACS.
 
 

TABLEAU II : FORMES D'AGRESSIONS SIGNALÉES AUX CALACS

FORMES D'AGRESSIONS

1991

Nombre .................%

1998

Nombre .................%
Agression sexuelle 
526
37 %
627
38 %
Inceste 
655
46 %
754
46 %
Harcèlement sexuel 
72
7 %
66
4 %
Agressions multiples 
65
4 %
100
6 %
Autres 
116
14 %
94
6 %
(Données recueillies auprès de 16 CALACS membres du Regroupement)



Il n'y a pas que les femmes qui font appel directement à nous. Environ le quart des demandes d'aide sont initiées par des membres de la famille, de l'entourage et par des intervenants du milieu. Cependant, de plus en plus, les femmes font la démarche elles-mêmes.
 
 

TABLEAU III : QUI FAIT APPEL AUX CALACS ?

Provenance des
demandes d'aide

1991

1998

Personne agressée 
48 %
77 %
Famille 
14 %
10 %
Ami 
19 %
2 %
Intervenant 
29 %
11 %
(Données recueillies auprès de 16 CALACS membres du Regroupement)



Les services d'aide directe (rencontres individuelles et de groupe, information, accompagnement...) sont évidemment au coeur de notre quotidien et prennent au moins 50% du temps et des ressources disponibles. Les femmes qui s'adressent à nous vivent de multiples difficultés (psychiatrie, toxicomanie...), conséquences directes notamment de la violence sexuelle, si bien que nos interventions doivent être continues et soutenues.

Il est difficile de préciser de façon exacte le nombre d'interventions « face à face » et téléphoniques que nécessite chaque demande d'aide. L'expérience nous enseigne que la plupart des demandes d'aide réclament des services qui s'étalent sur plusieurs mois.

Lorsqu'une femme victime d'agression sexuelle bénéficie d'un soutien significatif de la part de son entourage immédiat, nos interventions sont davantage de l'ordre du soutien ponctuel. Malheureusement, ces conditions « idéales » sont rares d'où notre persistance à vouloir sensibiliser largement la population pour que tous deviennent plus ouverts, accueillants et aidants.

Par ailleurs, nous ne pouvons négliger que l'émergence des femmes adultes ayant été victimes de violence sexuelle dans l'enfance a modifié de façon révélatrice l'intensité de la relation d'aide. Comme en témoigne le tableau suivant, nombreuses sont les femmes qui ont enfoui ce secret pendant plusieurs années avant de sortir de l'isolement. Les conséquences ont donc des racines profondes. Notre plus bel espoir est que les femmes hésitent de moins en moins à briser ce cycle infernal du silence.
 
 

TABLEAU IV : DEMANDES D'AIDE SELON LES GROUPES D'ÂGE

ÂGE DE LA PERSONNE AGRESSÉE 

LORS DE L'AGRESSION

LORS DE LA DEMANDE D'AIDE 

0-11 ans
51 %
2 %
12-17 ans
27 %
14 %
18-30 ans
13 %
36 %
31-45 ans
7 %
38 %
45 ans et plus
2 %
10 %
(Données recueillies en 1998 auprès de 16 CALACS membres du Regroupement)



Bien que la gamme de leurs services soit restée sensiblement la même au fil des ans, les CALACS ont démontré leur capacité à s'ajuster à toutes ces nouvelles réalités. Ainsi nous avons développé des groupes de soutien pour des femmes adultes ou des adolescentes survivantes d'inceste ou de viol. Nous avons la prétention de croire que notre expertise en ce domaine est tout à fait unique et répond à des besoins clairement exprimés par les femmes qui nous consultent.

« Les praticiennes estiment de plus en plus que la confrontation à laquelle le modèle soumet la femme violentée est plus apparente dans le groupe que dans l'intervention individuelle et devrait donc être plus efficace. Lewis (1983) résume ainsi la supériorité du groupe sur l'intervention individuelle : le constat que leur situation est assez fréquente réduit la honte de la femme et sa perception négative d'elle-même, et le groupe réduit l'isolement social qui favorise la dépression et le sentiment d'impuissance chez la femme. » (33)
Le volet « accompagnement » nécessite d'importantes ressources humaines. En effet, les femmes sont souvent aux prises avec des démarches complexes dont la conclusion définitive est souvent freinée par des obstacles quasi-insurmontables. Les procédures judiciaires en sont le meilleur exemple. Accompagner une femme dans les démarches qu'elle décide d'entreprendre signifie des déplacements, une présence physique (par exemple, l'accompagnement lors d'un examen médical ou au tribunal) ou encore une montagne de contacts téléphoniques dans les dédales administratifs (pensons à une demande d'indemnisation à l'IVAC ou à l'aide sociale). 

Encore là, il n'y a pas que les femmes qui ont des attentes envers les CALACS. Les intervenants judiciaires, policiers, médicaux et sociaux nous perçoivent comme une courroie de transmission. Les CALACS sont des portes d'entrée et facilitent le cheminement de ces démarches pour les femmes mais également pour les intervenants.

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Le manque de ressources : un impact direct sur les femmes

Il y a un domaine où les CALACS se sentent actuellement démunis. En effet, près d'une dizaine de CALACS membres du Regroupement sont aux prises avec une liste d'attente qui varie de quelques semaines à plusieurs mois. Nous qui croyions que seul le réseau public pouvait se payer ce luxe! En fait, l'explication est très simple: le nombre de demandes d'aide dépasse les ressources disponibles pour y répondre.

Les CALACS ont été alertés de cette situation dès le début de ses manifestations. Depuis les 10 dernières années, ce constat s'est étendu aux CALACS en région urbaine particulièrement dense (en d'autres mots, il ne s'agit plus uniquement de la région de Montréal). Même les CALACS qui desservent les régions communément appelées « éloignées » sentent le problème à leurs portes. Considérant le rythme d'augmentation des demandes d'aide, nous pouvons supposer que ce phénomène déplorable s'étendra à presque tout l'ensemble du réseau des CALACS, au mieux à moyen terme, au pire à court terme.

Ces dernières années, certains centres ont été forcés de délaisser la ligne d'urgence 24/7 à cause du manque de ressources. Ceux qui ont réussi à la maintenir le font à bout de bras. Est-ce qu'il nous faudra faire des choix aussi douloureux dans le futur?

Il est évident que les CALACS font preuve de toute leur ingéniosité et qu'ils font les choix qui s'imposent pour éviter ou retarder l'apparition des listes d'attente. Malgré cela, il n'est pas possible de faire plus. Il n'y a qu'une seule voie pour résoudre ce problème : il nous faut plus de ressources humaines, donc des ressources financières supplémentaires. C'est la seule issue.

Les moyens limités des CALACS ont également pour conséquence de ralentir notre apport relatif à la prévention qui pourrait avoir des conséquences directes sur l'aide apportée aux victimes.

« (...) l'attitude de l'entourage aurait un impact important sur les conséquences de l'agression sexuelle pour la victime et sur le maintien et le renforcement de comportements sexuels agressifs chez l'agresseur. D'où l'importance de défaire les mythes et de confronter à la réalité de l'agression sexuelle la population en général (...) » (34)
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Prévention, éducation, sensibilisation : des mots clés

Dans une société qui prône la liberté, il est intolérable d'imposer des stratégies de prévention qui obligent les femmes à troquer leur liberté pour leur sécurité. La prévention traditionnelle vise à contrôler les femmes en nous enseignant comment éviter les agressions sexuelles. En plus de ne pas réduire la menace des agressions sexuelles, on accroît l'impuissance des femmes, on perpétue notre vulnérabilité, on nous force à mener une vie de contournements.

L'approche préventive des CALACS s'articule à partir de l'expérience et du vécu des femmes. Les stratégies de prévention développées par les centres d'aide visent à :
 
 

  • informer adéquatement sur les agressions sexuelles et faire saisir la réalité du problème;

  •  

  • susciter des changements dans les rapports sociaux, politiques, économiques, émotifs... entre les hommes et les femmes;

  •  

  • changer la socialisation des hommes et des femmes;

  •  

  • favoriser l'échange du vécu entre les femmes;

  •  

  • favoriser l'émergence d'alternatives face aux situations de violence (35). 
Les CALACS offrent des services d'information, de documentation, de conférence et d'animation s'adressant aux adultes, aux jeunes et aux intervenants sociaux. Il n'est pas rare de constater qu'au cours d'une année les CALACS présentent un atelier dans une polyvalente entière ou encore qu'ils s'adressent à de « futurs » intervenant-e-s (étudiant-e-s en service social, techniques policières, techniques infirmières ou en médecine).

Une des grandes contributions du Regroupement québécois des CALACS et de ses centres a été l'implantation du programme ESPACE (programme de prévention des abus commis envers les enfants). En 1984, devant le nombre croissant de demandes par le milieu scolaire de niveau primaire, les CALACS scrutaient les programmes de prévention existants. Leur choix s'est porté sur le programme CAP (Child Assault Prevention) à cause de sa vision et du modèle qui concordaient avec les aspirations du Regroupement.

Quelques années plus tard, le programme ESPACE est présent dans plusieurs régions du Québec et a permis à des dizaines de milliers d'enfants et d'adultes d'améliorer leurs connaissances et leurs habilités en matière de prévention et de dépistage des abus commis envers les enfants. Depuis 1990, le programme ESPACE a mis sur pied un regroupement provincial autonome, le Regroupement des équipes régionales Espace, et a obtenu une reconnaissance financière, notamment du ministère de la Santé et des Services sociaux. 

Les CALACS sont de plus en plus sollicités pour la dispensation d'activités de formation en ce qui a trait aux causes et aux conséquences des agressions sexuelles, ainsi qu'à l'aide et au support des femmes qui en sont victimes. Ces demandes proviennent de partout : CLSC, centres de femmes, organismes communautaires, comités de condition féminine des collèges et universités, équipes psychosociales de divers établissements du réseau des services sociaux et de la santé. Ces dernières années, les centres rejoignent en moyenne jusqu'à 1 000 personnes de tous les milieux à chaque année.

La contribution des CALACS au chapitre de la formation ne fait aucun doute : notre expertise est reconnue et utilisée!
 
 

TABLEAU V : ACTIVITÉS DE PRÉVENTION DES CALACS

GROUPES REJOINTS

1991

1998

Niveau primaire & secondaire 
5 832
8 083
Niveau collégial & universitaire 
1 003
602
Autres groupes 
3 968
2 362
Intervenant-e-s 
912
3 399
Autres 
1 191
1 783
TOTAL 
12 906
16 229
(Données recueillies auprès de 16 CALACS membres du Regroupement)



Nos programmes de prévention ont un effet positif indéniable. Ils contribuent incontestablement à faire progresser les réflexions dans nos collectivités sur les phénomènes de violence à l'endroit des femmes, mais il reste beaucoup à faire.

« Même si nos répondants manifestent dans l'ensemble une adhésion modérée aux mythes sur l'agression sexuelle, l'analyse des énoncés révèle que les mythes les plus répandus au sujet de l'agression sexuelle sont toujours présents. Comme la littérature nous permettait de le supposer, nos répondants voient toujours... l'agresseur comme « malade » mentalement, le viol comme normal et acceptable et la victime comme fautive et séductrice. » (36)
Lorsque nous interrogeons la population sur les solutions face aux agressions sexuelles, la prévention se place en tête de liste. C'est en tout cas ce qui ressort du sondage d'opinion publique commandé par le Regroupement (37) où près du quart des répondants ont identifié la prévention comme premier élément de solution. Ce sondage révèle également une donnée troublante : près de 40% de la population du Québec n'identifie aucune solution pour enrayer les agressions sexuelles. Cela traduit certainement l'impuissance et le désarroi des personnes face à ce problème.

Notre but est ultimement d'enrayer les agressions sexuelles. Pour y arriver, l'aspect « aide » et « éducation et prévention » doivent se retrouver côte à côte et en interaction continuelle. Ce n'est qu'à ces conditions que l'on peut prétendre répondre adéquatement aux besoins des femmes et lutter efficacement contre les agressions sexuelles. C'est là la force des centres d'aide.

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La concertation ou être partout à la fois

La préoccupation des CALACS pour le respect des droits des femmes agressées sexuellement, leur souci d'apporter une aide adéquate ainsi que leur désir de changer fondamentalement les règles qui contribuent à la violence sexuelle les ont entraînés dans le tourbillon de la concertation.

Différents mécanismes de concertation ont émergé ces dernières années (tables de concertation, comités...). Les CALACS sont convaincus que la concertation des efforts de tous les grands systèmes est fondamentale. Ils participent donc à l'élaboration de divers projets dans le domaine social, judiciaire, médical, tant au niveau local que sur une base régionale. Ces collaborations impliquent les intervenants des établissements du réseau de la santé et des services sociaux, les organismes communautaires, les services de police...

Ces divers mécanismes de concertation s'intéressent à la coordination des services, à l'ensemble des problématiques qui concernent les femmes et les enfants, aux approches judiciaires et sociales ainsi qu'à l'organisation des différents systèmes concernés (pensons à la régionalisation des services de santé et des services sociaux).

La concertation mobilise des énergies humaines: il faut bien le dire, concertation rime avec réunions! Elle implique donc une présence assidue ainsi que du temps pour bien assimiler l'information en jeu. Les résultats, de plus en plus tangibles, ont toutefois un impact sur le quotidien des CALACS : plus de références donc plus de demandes d'aide. Un cercle infernal est ainsi créé : la concertation favorise une meilleure coordination des efforts et... une plus grande utilisation de nos services, mais avec le même niveau de ressources. Jusqu'à maintenant, le soutien financier accordé par le ministère de la Santé et des Services sociaux ne concorde pas avec ce que son propre réseau exprime comme attentes envers les CALACS.

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Le Regroupement : indispensable !

L'isolement est un ingrédient explosif. Il trace le chemin à l'impuissance et à la vulnérabilité. Les CALACS sont convaincus que la solidarité, à tous les niveaux, est l'une des voies incontournables pour réduire la vulnérabilité des femmes. Leur Regroupement est un remède à l'isolement. Il représente un lieu où le soutien, l'échange, le ressourcement, la formation, les débats sont la clé qui ouvre la porte à l'espoir. Dans les CALACS, la violence a un visage : une femme, des femmes et leurs souffrances.

Depuis sa création, le Regroupement a véritablement tissé un réseau solide de ressources à travers le Québec. Un réseau unique qui s'est agrandi au fil des ans pour rejoindre un très grand nombre de femmes et qui est devenu incontestablement une composante sociale bien enracinée dans leur communauté.

Durant toutes ces années, le Regroupement a accueilli de nouveaux centres. L'expérience collective des centres est mise à profit et évite bien des tourments et des détours inutiles pour les centres en implantation.

La capacité de mettre à jour nos connaissances, de cerner et de débattre des enjeux qui émergent est un atout. Les activités de formation développées par le Regroupement profitent à toutes celles qui sont impliquées dans les CALACS. Un congrès annuel propose une douzaine d'ateliers qui abordent les ramifications des agressions sexuelles, les services d'aide, les modes d'intervention, le volet éducation/prévention. C'est un moment privilégié et intense qui s'ajoute aux nombreuses réflexions qui défilent au cours d'une année.

Chaque « réunion régulière » offre une occasion supplémentaire de résoudre « au fur et à mesure » des préoccupations qui émergent. Chaque réunion représente un pas en avant par des réflexions qui touchent le fonctionnement des centres : les listes d'attente, la ligne d'urgence, la sécurité dans les centres, les différentes sources de vulnérabilité des femmes, l'autofinancement, les facettes cachées de la violence sexuelle, nos relations avec les médias, notre rôle au sein des différentes « tables de concertation ». Les politiques de tous les paliers de gouvernement sont aussi l'objet de débats: la suramende compensatoire, la trousse médico-légale, l'indemnisation des victimes d'actes criminels, la régionalisation des services de santé et des services sociaux, le traitement judiciaire des dossiers d'agressions sexuelles. 

Le nombre croissant de demandes d'information portant sur la problématique et sur les services des centres confirme le fait que le Regroupement est perçu comme une ressource vitale. Ces demandes proviennent de tous les milieux : les groupes de femmes, les établissements du réseau des affaires sociales, les représentant-e-s des autorités politiques, le réseau universitaire ainsi que le milieu de la recherche et le secteur judiciaire.

Les centres membres du Regroupement se sont dotés ces dernières années d'outils concrets afin de maximiser les efforts de chacun d'entre eux. Ainsi nous avons revu de fond en comble notre Base d'unité, ce qui nous a permis de faire le point sur notre analyse des agressions à caractère sexuel. Nous avons développé une grille facilitant la cueillette d'un minimum d'informations sur les situations d'agression qui nous sont signalées. L'implantation du programme ESPACE (programme de prévention des abus sexuels commis envers les enfants) est une réalisation dont nous pouvons être fières.

Commandé par le Regroupement, un sondage a été réalisé par la firme Léger & Léger en mars 1989 (38). Il démontre que la population du Québec a un niveau de préoccupation fort élevé face aux agressions sexuelles. Par ailleurs, le Regroupement a produit plusieurs documents d'information sur la problématique, le traitement judiciaire des victimes et sur les pratiques des CALACS(39).

Dans le même sens, le Regroupement ainsi que les groupes membres de Relais-Femmes ont développé un partenariat avec des universités et ont obtenu le projet de Centre de recherche sur la violence familiale et la violence faite aux femmes dans le cadre de l'initiative du Conseil de recherches en sciences humaines du Canada et Santé et Bien-Être social Canada. 

Les agressions à caractère sexuel sont des symptômes révélateurs de la situation des femmes. C'est pourquoi le Regroupement est intimement lié aux autres organismes qui travaillent à l'amélioration des conditions de vie des femmes. En plus d'être membre de plusieurs associations, nous entretenons des contacts réguliers avec les organisations qui poursuivent des buts similaires aux nôtres. Nos relations avec les centres contre les agressions sexuelles du Canada, par exemple, se sont établies par l'Association canadienne des centres contre le viol. Un projet de réseautage Internet nous permet de développer des stratégies communes en matière de justice afin que les femmes agressées sexuellement puissent obtenir tous les services auxquels elles ont droit. Nous avons également développé des liens avec des groupes similaires d'Europe, d'Afrique et d'Amérique du Sud

Plus près de nous, nos alliances avec d'autres groupes de femmes nous permettent de réunir nos énergies pour affronter les obstacles auxquels sont confrontées les femmes du Québec. Plusieurs domaines requièrent des interventions collectives : les politiques sociales, l'épineuse question du financement des groupes de femmes, le système judiciaire. Soulignons notre participation au comité « violence » de la Marche mondiale de l'an 2000 qui avait pour mandat de trouver des revendications communes à toutes les femmes du monde en matière de violence!

La sensibilisation du public et des autorités concernées prend une place de plus en plus importante. Initiée par le Regroupement québécois des CALACS, la Journée d'action contre la violence faite aux femmes (tous les troisièmes vendredis du mois de septembre) est devenue, sans contredit, le rendez-vous annuel de milliers de femmes pour réagir à la violence envers les femmes.

Lorsque notre mission première est de rejoindre les femmes, d'ébranler nos décideurs et d'interpeller les hommes (et oui!), les médias représentent des haut-parleurs dont nous pouvons difficilement nous passer. Fort heureusement, notre crédibilité a déclenché une dynamique fort intéressante : les médias ne peuvent plus se passer de nous ! Ces dernières années, nous avons relevé le défi de pouvoir influencer des questions d'actualité. Nous avons alimenté de nombreux débats publics par des dizaines de conférences données dans les milieux politique, juridique, social, syndical et communautaire. L'expertise des CALACS est très en demande et nous n'hésitons pas à la rendre accessible!

Le Regroupement se doit d'être présent aux événements et auprès des « décideurs » qui ont une incidence sur la problématique des agressions à caractère sexuel et sur les groupes que nous représentons. En ce sens, ces dernières années, les CALACS ont contribué aux grandes questions sociales: la Commission Rochon, la commission parlementaire sur l'avant-projet de Loi sur les services de santé et les services sociaux, la réforme du système de santé et des services sociaux, les plans gouvernementaux en matière de condition féminine, les rencontres annuelles du Gouvernement du Québec et des groupes de femmes.

Le domaine de la justice nécessite des interventions fréquentes. Nous avons donc participé à plusieurs réformes et événements dans le but d'amener sur la place publique des débats sur la prévention du crime, l'implantation des centres d'aide aux victimes d'actes criminels, la police et la concertation, la réforme des libérations conditionnelles, le comportement de la magistrature et les ratés du système judiciaire. Le Regroupement a d'ailleurs produit plusieurs mémoires sur différents sujets tels que « le contre-interrogatoire des victimes par l'accusé » et « les sentences avec sursis » pour n'en nommer que quelques-uns.

Plusieurs instances gouvernementales et autres réclament la participation formelle du Regroupement à l'avancement de certains dossiers. Ainsi, le ministre de la Santé et des Services sociaux a sollicité la présence du Regroupement au sein du Groupe de travail pour les jeunes qui a donné lieu au rapport « Un Québec fou de ses enfants ». Le Sous-comité sur la condition féminine du Comité permanent de la Santé et du Bien-Être social, des Affaires sociales, du troisième âge et de la Condition féminine a également fait appel à l'expertise du Regroupement avant de déposer son rapport « La guerre contre les femmes ». En 1995, le Regroupement a également été sollicité par le ministère de la Santé et des Services Sociaux pour faire partie d'un groupe de travail sur les agressions à caractère sexuel. Un document intitulé « Les agressions sexuelles: STOP » a d'ailleurs été publié suite aux travaux du groupe de travail.

Inutile de rappeler que les ministères concernés par les agressions sexuelles sont à même de constater l'utilité du Regroupement québécois des CALACS. Ils saisissent régulièrement le Regroupement de différents enjeux ; ils puisent dans cette vision globale et l'expérience que représentent le Regroupement.

Impossible de conclure sans parler de l'engagement inconditionnel des centres les uns envers les autres et envers le Regroupement. La participation des centres à la mission du Regroupement est palpable à tout instant. Les centres s'impliquent dans le fonctionnement quotidien du Regroupement avec leadership et détermination. Ils sont aussi des porte-voix en étant présents... partout à la fois. Ils se soucient de l'avenir et du développement de nos ressources. Les centres peuvent être fiers des succès de leur Regroupement; ils en sont la source et le reflet de leurs propres succès.

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 Consultez aussi les résumés de : 

  Les CALACS: ce qu'ils sont, ce qu'ils font

  La réalité des agressions sexuelles


 

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NOTES

28. Extrait du Document préparatoire au congrès d'orientation. Regroupement québécois des CALACS, 1991.

29. Extraits de la Base d'unité du Regroupement québécois des CALACS. Partie I : Notre analyse des agressions sexuelles.

30. RINFRET-RAYNOR, Maryse et al. Intervenir auprès des femmes violentées : Évaluation de l'efficacité d'un modèle féministe. Éditions Saint-Martin, 1992, 80 pages.

31. RINFRET-RAYNOR, Maryse et al, déjà cité, p. 67.

32. RINFRET-RAYNOR, Maryse et al, déjà cité, p. 68.

33. RINFRET-RAYNOR, Maryse et al, déjà cité.

34. CHAMPAGNE, Diane et al. La perception sociale du suicide et de l'agression sexuelle. Étude des mythes et attitudes de la population de La Sarre face à ces deux problématiques, Groupe interdisciplinaire pour l'enseignement et la recherche féministe, Université du Québec en Abitibi-Témiscamingue, avril 1989, 74 pages.

35. Extraits de la Base d'unité du Regroupement québécois des CALACS. Partie III : Conditions pour être membre

36. CHAMPAGNE, Diane et al, déjà cité.

37. Les perceptions de la population face aux agressions sexuelles. Sondage d'opinion publique commandé par le Regroupement québécois des CALACS et réalisé par le Groupe Léger & Léger, mars 1989. 

38. Regroupement québécois des CALACS et Groupe Léger & Léger, déjà cité. 

39. Évolution de la loi relative aux agressions sexuelles (1995), Recours criminels contre les abus sexuels dans l'enfance (1995), Guide pour faciliter le témoignage des victimes à la cour (1996), L'intervention féministe dans les CALACS (1997), La prévention et la lutte dans les CALACS : un monde à découvrir (1997), Les groupes de soutien dans les CALACS (1998).
 
 

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