Une vague de changement de courte durée en agression sexuelle


Avec une certaine couverture journalistique de l’affaire Dominique Strauss-Kahn, il nous a semblé, au Regroupement québécois des CALACS, que la problématique des agressions à caractère sexuel était mieux comprise. Cependant, le 30 mai dernier, une victoire obtenue pour les femmes à la Cour Suprême du Canada sur la notion de consentement, au cœur des crimes d’agressions sexuelles, a été tournée en dérision par certains hommes dans les médias et les réseaux sociaux. Nos espoirs de changement des mentalités ont donc été de courte durée.

Les réactions face aux scandales sexuels sont sensiblement les mêmes partout dans le monde, bien qu’on aime croire que la société québécoise plus évoluée. Qu’il s’agisse d’un Français connu, puissant et riche présumé d’avoir agressé une femme de ménage, ou d’un couple canadien marié ayant des relations sexuelles peu orthodoxes, tous les mythes et préjugés refont surface.

L’étonnement et l’incrédulité s’expriment face au comportement du présumé agresseur. On soupçonne quelque chose « d’anormal » chez cet individu. Le mythe des pulsions incontrôlables est le plus répandu en agressions sexuelles. Forcément, un être intelligent, qui s’est rendu si loin dans la vie, n’est pas un primate incapable de se contrôler. Pourtant, les agresseurs sont pour la grande majorité des hommes (1-stat 98%) ordinaires, et même parfois « des maîtres du monde » qui se croient au-dessus des lois. Ce sont des personnes en autorité, des membres de la famille, des hommes dignes de confiance… Dans les cas d’agressions sexuelles déclarés à la police, environ 8 victimes sur 10 connaissent leur agresseur, et seuls 3% des accusés plaident l’aliénation mentale devant la Cour. Enfin, la majorité des agressions sexuelles sont préméditées, et non pas impulsives.

On s’interroge aussi sur le consentement de la plaignante. Si la femme était en pleine possession de ses moyens, pourquoi ne s’est-elle pas défendue face à des avances non- désirées? Et si elle était inconsciente, n’a-t-elle pas consentie préalablement à cet état? Le dernier jugement rendu par la Cour Suprême réaffirme celui d’Ewanchuk : une personne peut dire non, à tout moment d’une relation sexuelle. Nous avons du mal à croire que l’on puisse remettre en question cette conclusion. Il nous paraît évident que les femmes inconscientes ne sont pas disponibles sexuellement. Même le silence ne signifie pas le consentement. La manipulation d’un proche ou d’un homme en autorité fait réagir les victimes de bien des façons. Dans les CALACS, nous recevons chaque jour des femmes demeurées muettes et soumises durant leurs agressions sexuelles, pour diverses raisons, dont la peur de représailles. Elles ont souvent gardé ce terrible secret pendant plus de treize ans.

L’histoire de DSK a eu le mérite de révéler une réalité que l’on croyait presque devenue fiction. Le monde a changé certes, mais vers une idéologie mercantile et individualiste, selon laquelle tout s’achète et même le corps des femmes, et qui attribue aux filles le pouvoir de séduction, synonyme de liberté sexuelle. Mais une liberté qui s’emploie à en nier une autre – celle d’un réel consentement - n’en n’est pas une. Une sexualité libre passe par une notion de consentement, malheureusement embrouillée dans notre société hypersexuliasée. Les garçons non plus n’échappent pas aux stéréotypes. Ils sont appelés à dominer toutes les situations et à définir leur masculinité par la sexualité. Les choses ont-elles tant changé finalement? Les paradigmes évoluent vers une certaine complexité, mais l’idéologie dominante demeure.

Malgré nos pas de géantes vers l’égalité entre les sexes, la grande erreur, en ce qui nous concerne, consiste à prétendre que cette égalité est atteinte et qu’il n’y a plus de rapports de domination, ce qui revient à nier la violence sexuelle faite aux femmes. Comment en arriver alors à une meilleure compréhension et à un plus grand respect des victimes d’agression sexuelle? Nous devons au moins attribuer à la plaignante, lorsqu’on parle de son cas dans les médias ou les réseaux sociaux, une présomption de véracité, plutôt que de la rendre coupable du crime qu’elle a subi.

Regroupement québécois des CALACS