Réaction au reportage de Janic Tremblay diffusé à Desautels le dimanche

13 février 2018

Montréal, 13 février 2018 – C’est avec déception que nous avons pris connaissance du reportage réalisé par Janic Tremblay (Desautels Le Dimanche, 11 février) où est diffusé un extrait d’une animation tirée du programme Empreinte – Agir ensemble contre les agressions à caractère sexuel. Le traitement médiatique qui a été réservé à ce thème délicat mais ô combien essentiel, met en lumière les défis que rencontrent les initiatives de prévention et de sensibilisation dans un contexte où les mythes et préjugés prennent parfois le dessus sur les droits de chacun et chacune de vivre une vie exempte de violence. 

Empreinte : un programme en cours d’évaluation, basé sur une expertise professionnelle

L’élaboration du programme Empreinte a bénéficié de l’expérience des CALACS qui réalisent de la prévention depuis près de 40 ans dans les écoles secondaires et de l’expertise professionnelle de deux chercheures en sexologie de l’UQAM, Manon Bergeron et Martine Hébert. Il a été conçu pour s’arrimer non seulement aux  apprentissages essentiels en éducation à la sexualité du Ministère de l’éducation et de l’enseignement supérieur (MEES), mais également aux conditions d’efficacité reconnues en prévention des agressions à caractère sexuel.

Afin de s’assurer de l’efficacité du programme, une évaluation approfondie des trois volets du programme Empreinte (6 ateliers auprès des jeunes, formation du personnel scolaire et sensibilisation des parents) est actuellement menée par l’équipe de recherche. Rappelons que les deux chercheures associées au programme, Manon Bergeron et Martine Hébert du Département de sexologie de l’UQAM, ont une grande expérience et une expertise incontestable en élaboration et évaluation de l’efficacité des programmes de prévention offerts en milieu scolaire du primaire au secondaire.  Les résultats obtenus au cours de cette évaluation permettront de bonifier et ajuster le contenu du programme afin de mieux outiller les jeunes, leurs parents et les membres du personnel scolaire face à la problématique des agressions à caractère sexuel.  Étant donnée l’étape d’évaluation en cours, nous reconnaissons qu’il n’était pas judicieux d’ouvrir un atelier du projet pilote au regard médiatique. Toutefois, cette expérience permettra également d’alimenter les travaux d’évaluation et leurs recommandations. 

Éduquer les jeunes au consentement sexuel

La vignette qui fait l’objet du reportage diffusé dimanche denier décrit explicitement une situation dans laquelle une jeune fille cède aux pressions de son partenaire qui exerce un certain chantage pour obtenir un rapport sexuel.  Dans la mise en situation originale proposée dans le guide d’animation du programme Empreinte, la jeune fille ne dit pas « oui », elle ne dit mot et cède. La mise en situation présente un risque de manipulation affective. Il est vrai que l’intervenante que l’on entend dans le reportage interprète légèrement le contenu original tel que conçu par le programme Empreinte.  Toutefois, si l’extrait n’avait pas été pris hors-contexte, on comprendrait que c’est pour mieux expliquer aux jeunes qu’une absence de réponse ou une réponse affirmative obtenue sous la pression ne constitue pas un consentement complètement libre et éclairé. Les objectifs du programme Empreinte, tout comme ceux des cours d’éducation à la sexualité, sont orientés vers l’apprentissage de relations égalitaires, saines et respectueuses. Plutôt que de loi, nous parlons ici d’égalité et de respect. Le programme Empreinte encourage en effet les jeunes à attendre un consentement enthousiaste avant d’entreprendre toute activité sexuelle avec un-e partenaire.

À ce sujet, rappelons que les articles du code criminel traitant du consentement aux fins des infractions d'agression sexuelle démontrent clairement que le proverbe « qui ne dit mot consent » ne s'applique pas en matière de rapports sexuels.  Le consentement doit non seulement être libre et éclairé mais doit également être communiqué clairement (par des gestes ou paroles) à chacune des étapes de l’activité sexuelle.  Avant de poser tout geste à caractère sexuel envers une personne, la loi exige de prendre des « mesures raisonnables » pour s'assurer que la personne y consent. 

Une définition des agressions sexuelles adoptée par le Gouvernement du Québec

L’approche préconisée au sein du programme Empreinte s’inscrit quelque peu en faux de l’analyse présentée par la juriste Anne-Marie Boisvert qui avance « qu’une agression c’est le fait d’utiliser la force contre une autre personne, le mot force veut dire tout simplement toucher physique.. ». Le programme se base plutôt sur la définition des agressions sexuelles adoptée par le Gouvernement du Québec :

« Une agression sexuelle est un geste à caractère sexuel, avec ou sans contact physique, commis par un individu sans le consentement de la personne visée ou, dans certains cas, notamment celui des enfants, par une manipulation affective ou par du chantage. Il s’agit d’un acte visant à assujettir une autre personne à ses propres désirs par un abus de pouvoir, par l’utilisation de la force ou de la contrainte, ou sous la menace implicite ou explicite. Une agression sexuelle porte atteinte aux droits fondamentaux, notamment à l’intégrité physique et psychologique et à la sécurité de la personne. »

La prévention des agressions sexuelles : l’épanouissement de tous les jeunes au sein de rapports égalitaires

Le programme Empreinte se base sur les conditions d’efficacité de la prévention auprès des jeunes telles que reconnues par la littérature scientifique.  Par exemple, un des éléments clés consiste à apprendre aux jeunes à affirmer leurs limites et à respecter celles des autres.  Nous parlons ici d’éducation à la sexualité auprès des jeunes, les conditions d’efficacité diffèrent quelque peu d’un contexte de discussion entre adultes portant sur nos préférences en matière de séduction. Les commentaires du sexologue Vincent Quesnel nous semblent relever davantage du second cas lorsqu’il avance que « pour séduire, ça prend une forme de saine agressivité »  et qu’il faut donc « s’approcher des limites de l’autre, alors parfois oui, il y a peut-être un petit dépassement ».  En effet, le programme Empreinte ne met pas de l’avant la notion de dépassement des limites de l’autre ou d’agressivité saine parce qu’il s’agit d’une initiative de prévention des agressions à caractère sexuel destiné à un public mineur.

Manifestement, la prévention des agressions à caractère sexuel ne fait pas consensus

À l’heure où des millions de femmes, partout à travers le monde, lèvent le voile du silence qui entoure la violence sexuelle depuis toujours, nous continuerons à soutenir  la parole des victimes et renforcerons les initiatives de sensibilisation et de prévention, qui ne doivent pas être davantage critiquées que les violences elles-mêmes. Nous déplorons ce traitement médiatique, mais les CALACS poursuivront leur travail essentiel : soutenir les victimes, former les intervenants.es et sensibiliser jeunes et moins jeunes à la réalité des agressions sexuelles.

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Pour information :

 

Stéphanie Tremblay, agente de communication

Cell medias : 514-346-5252 | RQCALACS : 514-529-5252

Site web | Facebook | Twitter

stephanie.tremblay@rqcalacs.qc.ca

 

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